Toast ZONTA 21.01.15   Souvent mon fils de 4 ans me demande pourquoi il va à l’école ? Inspirée d’un texte écrit par Emmanuel Kant en 1784 « Qu’est-ce que les lumières ? » je lui réponds qu’il va à l’école pour bien grandir et surtout pour être un individu libre. L’école est et sera toujours pour moi un...

Anabel

Toast ZONTA 21.01.15

 

Souvent mon fils de 4 ans me demande pourquoi il va à l’école ? Inspirée d’un texte écrit par Emmanuel Kant en 1784 « Qu’est-ce que les lumières ? » je lui réponds qu’il va à l’école pour bien grandir et surtout pour être un individu libre.

L’école est et sera toujours pour moi un des moyens essentiels pour devenir libre. Filles/garçons même combat.

Il faut savoir que dans les pays pauvres, quand une famille a la possibilité de scolariser un enfant, c’est le garçon qu’elle choisit. La fille dès la prime enfance, est reléguée aux tâches domestiques, puis doit travailler pour aider les siens. Ainsi, sur tous les enfants scolarisés aujourd’hui dans le monde, un tiers seulement sont des filles. Et sur les 900 millions d’adultes analphabètes, deux tiers sont des femmes.

Mais qu’en est-il de la France ?

Voici l’extrait d’un article du journal le Gaulois du 25 novembre 1880 :

« Des lycées de jeunes filles ? Pourquoi pas des casernes de jeunes filles ! (…) La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été́ avec soin préservée de l’éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil ; elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses (…). Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, ces élans d’idéale bonté qui plus tard font l’amour de l’épouse, le dévouement de la femme et le sacrifice de la mère, tout ce charme exquis, toute cette poésie (…), tout cela va disparaître ! On va supprimer la jeune fille (…). On leur apprendra tout, même la rébellion contre la famille, même l’impureté. Elles n’auront même pas été vierges avant de devenir femmes. »

Dans ce texte, le journaliste dénonce un projet de loi prévoyant d’ouvrir l’enseignement secondaire aux jeunes filles. Cette loi sera votée le 21 décembre 1880. Elle est l’œuvre de Camille Sée, député proche de Jules Ferry. Ce qui a motivé cette loi ce n’est ni l’égalité homme/femme ni permettre à la femme d’être libre et indépendante, loin s’en faut. C’est surtout le fait que la femme devenue mère est au cœur de la famille. Voici un extrait du rapport du projet de loi présenté par Paul Broca : « pendant que l’homme travaille, la femme élève les enfants (…) comme elle a allaité leur corps, elle allaite leur esprit ; elle est leur première et quelque fois leur seule institutrice ». En 1989 lorsque je fais ma rentrée de seconde, cela fait un peu plus de cent ans que les femmes peuvent accéder à l’enseignement secondaire en France. 110 ans plus tôt je m’arrêtais en troisième et je m’occupais des tâches domestiques !

Au vu de la lenteur de l’évolution des mentalités je comprends mieux ce qui se joue dans l’enseignement encore aujourd’hui. Pas de problème pour nos filles : elles iront à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais je reste persuadée que le mur séparant les écoles de filles et les écoles de garçons existe encore symboliquement dans nos mentalités aujourd’hui. J’en veux pour preuve que les femmes sont toujours minoritaires dans les promos des grandes écoles. Alors que les filles sont aujourd’hui aussi nombreuses que les garçons en terminal scientifique, les grandes écoles comme HEC, l’ENA et surtout Polythechnique continuent à accueillir majoritairement des élèves masculins. Pourquoi ? Rien à voir avec nos capacités. Bien au contraire. L’explication est claire : nos préjugés enfouis au plus profond de notre inconscient. Cela Nathalie Loiseau, directrice actuelle de l’Ena l’a bien compris. Elle se bat tous les jours pour tenter de combattre ces préjugés et permettre une véritable égalité homme / femme au concours d’entrée de l’Ena.

2012 : 28 % de femmes admises au concours d’entrée.

2014 : 45 % de femmes reçues au concours. Belle progression.

La promotion de l’Ena 2014-2015, baptisée Churchill, est réputée pour avoir frôlé la parité. Et, en décembre, sept femmes, dont une major, sont sorties dans la « botte » (les douze premiers du classement). Mais dans la promo 2015-2016, dévoilée en décembre, le constat n’est « pas joyeux », selon la directrice.

À peine plus d’un tiers de femmes et seulement onze admises au concours externe, le plus sélectif. Aujourd’hui encore, les femmes ont en effet davantage tendance à épouser de grands hommes que de grandes carrières !

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